Un jour, elle se lèverait du canapé, rangerait la besace noire et retirerait les alliances autour de son cou. Un jour, elle pourrait entendre de la musique sans se voir danser avec lui sous la lune écarlate, le soir de leurs noces.
Un jour.. Mais aujourd'hui, chaque souffle du passé teintait ceux de l'avenir, à chaque cillement d'yeux, Alexandre se fondait un peu plus en elle, au point qu'elle ne voyait plus ce que le monde pouvait lui offrir.
Elle ne pensait plus qu'à l'amour qu'il lui avait donné, ce qu'il lui avait demandé, ce qu'elle lui avait donné. Etait ce suffisant?
La mémoire, ce monstre de cruauté, ennemie de la consolation.
Non seulement ses souvenirs ne s'estompaient pas, mais sa douleur s'intensifiait avec le temps. Comme si chacun de leurs gestes à Lazarevo prenait une valeur surnaturelle et une intensité qu'il n'avait jamais possédées auparavant.
Comment avaient-ils pu pêcher, dormir, se laver? Comment avait-elle osé donner ses cours de couture? Comment avait-elle pu mener une existence normale avec lui alors qu'elle savait qu'ils n'étaient que des flocons virevoltant dans le vent?
Je te rendrais folle, criait sa mémoire. Tu marcheras et souriras comme une femme normale pendant qu'intérieurement tu te consumeras; je ne te lâcherai jamais, je ne te rendrai jamais ta liberté. "